02.03.2005
Semaine après semaine....
La vie reprend son cours….inexorablement…j’avance les yeux fermés….tout ce qui me relie à toi….ce sont ces petits coups de pieds qui me rappellent à la vie, ceux de ta fille…., c’est ce ventre rond qui se déforme comme la voile d’un trois mâts….
Parfois je me dis qu’elle respire pour nous trois, qu’elle vit pour nous trois…chacun de ses coups est comme l’électrochoc qui ferait repartir mon cœur….
La vie est en moi, je ne peux la renier….c’est comme si elle me poussait à sortir la tête de l’eau….une si petite vie qui me porte à bout de bras….
Parfois je traîne la journée au lit…parce que la lumière fait mal parce que je n’ai plus la force sans toi….et elle se met à cogner de plus belle pour se rappeler à mon souvenir….
Alors je me lève…et j’avance, une journée de plus….un combat de gagné….pas à pas….
13:56
Écrit par Lou
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07.12.2004
Tu redeviendras poussières.....
Ta maman n’est plus qu’un gouffre de douleurs, tendue, le coeur déchiré…
Ton père est un mur insondable fermé du monde, seul avec sa tristesse…
Je voudrais les prendre dans mes bras, murmurer des phrases ridicules du style « ça va aller »…je voudrais apaiser leur chagrin, mais je ne peux pas, je suis moi-même emmurée dans un carcan de verre, dont chaque arête me lacère le cœur, égoïstement je ne pense qu’à ma tristesse, je me laisse sombrer dans le néant…plus rien d’autres n’a d’importance….
Extérieurement je suis comme toi…plus qu’un corps de marbre….je ne montre rien, j’ai érigé des forteresses…une palissades fortifiée… mais au fond de moi…un amas de ruines, des murs lézardés, la fissure s’accentue d’heures en heures, la brèche s’agrandit…plus rien ne pourra colmater le trou béant que tu as laissé à la place de mon cœur….
Je marche machinalement, comme un scénario bien huilé, je suis le cortège qui te mène au cimetière….
Face à nous le trou de terre que les ouvriers communaux ont creusé… je ne peux imaginer qu’ils vont te jeter dans ce trou béant…dans ce trou sans fond, sans chaleur, sans amour…
Je suis devenue la folie, …je suis devenue la douleur, je m’effondre sur ton cercueil, et je hurle, je crie, je pleure ma colère, ma détresse…. Je ne vois plus personnes, je ne vois pas leurs yeux effrayés, je ne vois pas leurs regards de pitiés…je ne vois plus que ce gouffre de terre, humide, froid et noir ….
Le visage posé sur ton cercueil, je te cherche…ma voix se brise sur le bois dur… « je ne veux pas…. » c’est le flou autour de moi…
Je sens les mains de ton père fortes et généreuses…il me prend dans ses bras, me serre si fort, me serre trop fort…
Je ne veux pas que tu me laisses, j’ai si peur…et je pleure, je pleure cet enfant qui n’aura pas de père, je pleure mes démons, je pleure ton odeur, je pleure ma douleur, ma colère, je te pleure longuement, amèrement, douloureusement….
Des litres et des litres d’amertumes, des litres et des litres d’amour infini….arrosent la terre qui te recouvrent….
09:10
Écrit par Lou
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16.09.2004
Samedi 10h30 Eglise..... One
Les amis, la famille, les proches, arrivent, ils nous regardent gênés, ne trouvent pas leurs mots…
Ta cousine me sert dans ses bras, elle pleure, des larmes sincères….vous aviez partagés les même bancs d’écoles, les mêmes bêtises, les confidences d’ados….
— « C’est pas juste », arrive t’elle à articuler entre deux sanglots.
Non ce n’est pas juste quand on nous enlève ceux qu’on aime, et pourtant ironie du sort…qu’y a-t-il de plus juste que la mort elle-même ?
Elle ne fait pas de cadeaux, elle frappe sans distinctions, jeunes, vieux, riches…
L’église est comble, avec quarante ans de plus, les habitants du village se seraient ils déplacés si nombreux… ? Je n’en suis pas si sûr…
Dans les villages de campagne, on raffole des drames, des cancans en tout genre…
Une veuve éplorée de 27 ans, enceinte de 6 mois….il faut avouer qu’on ne pouvait rêver meilleur scénario pour satisfaire leur goût du mélodrame .
L’être humain se complait à côtoyer plus malheureux que soi…pour oublier ses propres échecs, ses peurs….
Ils ressortiront de cette église soulagés…soulagés d’être en vie….
Ce soir une page sera tournée, demain un autre “ fait divers” remplira l’escarcelle à ragots du coiffeur du village, demain ils auront séchés leurs larmes de comédiens, ils ne pleurent pas ta mort, mon amour, ils ne pleurent pas pour toi…ils pleurent sur leurs vies…ils pleurent leurs morts prochaines….tu es l’exutoire idéal de leurs angoisses….
Je suis ton cercueil, nous rentrons sous le regard des gens...U2 nous accompagne avec le titre “One”
“One love, One life…”….un seul amour, une seule vie…. La notre s’achève ici, la tienne aussi….moi je suis condamnée à marcher seule, à respirer encore, à continuer….mais sans toi….je ne sais pas ou je trouverais la force et l’envie d’avancer….
14:28
Écrit par Lou
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30.08.2004
Samedi 9h30 Funérarium...
Je suis seule dans cette pièce, toi et moi, en face à face...
L'odeur écoeurante des fleurs me soulèvent l'estomac... j'attends impassible et je subis le temps qui passe...
Tes parents arrivent, leurs pas sont lourds, ils ont vieillis de dix ans en trois jours, on dirait deux vieillards arc-boutés sur leur bâton de vieillesse....ta maman est livide, de larges sillons se sont creusés sur son visage que le temps avait pourtant jusque là si bien épargné...
On ne prononce pas une seule parole, on en est tout simplement incapable...
Nous sommes réunis dans quelques mètres carrés de douleur...la mort et la vie...ensemble...main dans la main...
12:39
Écrit par Lou
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28.08.2004
Samedi 8h30
Je me suis levée le coeur et le corps endolori…
De larges cernes creusent mon visage…et mon regard vide…
Mon cœur bat dans mes tempes trop fort, trop vite, il fait mal, il me rappelle que je suis vivante…VIVANTE…
Je regarde par la fenêtre, dans la rue , une fillette et sa maman, promène leur chien, elle court insouciante, et son rire cristallin dans ce silence matinal me transperce…la terre tourne, le monde vit, et moi je ne suis ni ici, ni près de toi…j’erre dans le vague…je ne sais plus qui je suis…
Dans deux heures, affronter la foule, l’église, celle là même qui a recueillit nos serments il y a 3ans… « Jusqu’à ce que la mort vous sépare…. » ce jour est arrivé….
Tu te rappelle ? Nous étions tellement ivre, que nous nous étions endormi habillés, toi dans ton costume débraillé, et moi dans ma robe de fée…ce n’est qu’au petit matin que nous avions commencé notre nuit de noce….
C’est dans cette même église que je vais te dire Adieu mon amour…il y aura des fleurs, comme le jour de notre mariage….mais cette fois pas de bouquets….juste des couronnes….
01:32
Écrit par Lou
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Vendredi 17h20
Je suis là impassible, mon corps est là, mais moi où suis je? Près de toi, je te cherche en vain….
Funérarium, je me récite mentalement le mot cinq fois, six fois comme un enfant qui apprendrait à lire, en détachant bien les syllabes FU-NE-RA-RI-UM, ….mais qu’est ce que je fais ici… ?
Puis la douleur me revient en plein visage, cinglante comme la pluie dehors….je suis là pour TOI, pour toi qui n’es plus là….ton corps est couché dans ce cercueil de bois….mon pauvre amour, toi qui n’a jamais aimé être renfermé ; toi qui avait besoin d’air, te voilà prisonnier dans cet espace contigu….plus d’air…tu n’en as pas besoin là où tu es…..
J’attends les visites, les gens défilent, leurs regards compatissant me glacent, leurs condoléances me brûlent bien plus fort que le bout d’un tisonnier, me marquent au fer rouge…
Je ne suis pas là, non je ne les vois pas tout ces gens mal à l’aise,je ne les entends pas, je ne veux plus jamais les entendre, je suis debout , le sourire figé, je les entends au loin murmurer « quelle courage, c’est tellement triste »……non je ne suis pas courageuse….je ne suis pas LA tout simplement, je suis au bord de l’eau avec toi….
Je me souviens ce jour d’été, le premier baiser assis au bord du lac, nos lèvres timides, tremblantes, brûlantes, nos yeux, tes yeux…..tes deux opales vertes, qui me regardent avec tendresse, avec la pudeur des premiers émois….toi mon premier amour….
Notre course effrénée sur le chemin boueux pendant l’orage, nos vêtements détrempés et ce feu où nos corps transis de froid se sont réchauffés….
Je ne suis pas dans cette pièce debout à coté de ton corps à regarder défiler tout ces gens bien intentionnés, non je ne suis pas là, je suis couchée à tes côtés, avec tes doigts qui effleurent ma peau pour la première fois, cette première fois, ou j’ai goûté au plaisir, rougissante sous tes mains, rougissante sous ton corps….cette première fois, de celle qui marque toute une vie, de celle qui peut laisser des stigmates dans nos relations futures, qui peut se révéler inoubliable en bien ou en mal….avec toi cette première fois, à laisser l’empreinte de ton odeur dans mon âme….et toutes les seconde fois, troisième fois , centième fois on été des premières fois…..
Je ne suis pas là a attendre de retrouver ce lit vide, non je suis près de toi, il y a 2 jours quand tu es venu poser un baiser sur mon sommeil avant de t’en aller travailler….quand tu m’as dit « je t’aime », « passe une bonne journée mon amour »….la pire journée d’une vie, la dernière fois ou j’ai entendu ta voix, le dernier contact de ta bouche sur moi, le dernier réveil à deux…..
Les matins sont de long couloir noir et froid sans toi…..les matins n’ont plus le goût de tes baisers, les matins n’ont plus l’odeur du café dans la maison…..depuis 2 jours je déteste les matins….je déteste les jours, je déteste les nuits…..JE TE DETESTE de me laisser errer dans les rues de ma peine ….
01:31
Écrit par Lou
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Mercredi 1h40
20h50...ils ont sonné à la porte...
J'ai oublié les mots...je ne vois plus que leur gyrophare bleu qui m'éblouissait...
Puis il y a eu cette lumière aveuglante....ce néon blanc, froid, aseptisé...et ton corps sur une table....avec cette petite étiquette blanche: "Rapport du médecin légiste"
"Heure du décès 19h40"
Je vomis toute ma douleur, je ne veux pas dormir...
Où es tu?
Tu peux pas me laisser, tu as promis..."jamais je ne t'abandonnerais" tu avais dit....
Reviens
Où es tu?
C'est pas toi là couché dans cette chambre glacée...
Tu vas me réveiller mon amour, tu vas me sourire et me dire "ce n'étais qu'un mauvais rêve"...
Tu ne peux pas me laisser...
On ne s'est même pas dit au revoir....
On ne part pas sans dire Adieu....
Tu vas revenir, dis moi....
Me laisse pas seule, viens me rechercher, on partira ensemble....
Le lit est trop grand sans toi...t'avais pas le droit de m'abandonner comme ça....je fais quoi moi de nos projets....j'en fais quoi de nos fous rires....
Je tourne en rond, j'écoute, je scrute, j'attend le bruit familier de la clé dans la porte, le bruit de tes pas....les traces de boues dans le couloir....
Tu te rappelle comme je râlais mon amour, quand tu rentrais avec tes chaussures sales...il n'y aura plus jamais la trace de tes pas dans NOTRE maison....
Je voudrais les redessiner, je cherche un morceau de toi, il fait si vide….
Tu aurais du rentrer il y a 7heures de cela, tu aurais du….
Le souper est froid….comme toi mon amour….
La nuit est noire ce soir, une nuit sans lune…
La nuit est noire….à tout jamais, sans toi…..
01:29
Écrit par Lou
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